La descente aux enfers
9 juin 2022Dans un précédent article, Phil Tonsac notre ancien collègue explorait en détail l’envers de Los Santos loin des strass et des paillettes. La situation des plus démunis est toujours aussi alarmante. Nous recueillons ainsi le témoignage d’un Sans Domicile Fixe, à la rue depuis maintenant plus de 2 semaines.

Mercredi 1er juin 22h, l’équipe du Weazel discute tranquillement sur le parvis du journal, les discussions sont plutôt envolées quand un homme au volant d’un camping car délabré nous interpelle. Le visage marqué, les fringues trouées et une bouteille de whisky à la main, Bryan* s’approche de nous.
*Nom changé à la demande de l’intéressé.
Il souhaite nous faire part de son expérience de vie afin de servir d’exemple à la jeunesse et éveiller les consciences quant au quotidien de plus démunis. Il nous raconte : « ca va faire maintenant deux semaines que je suis à la rue. J’ai atterri en ville depuis 3 semaines. »
Il poursuit : « j’avais un boulot vous savez, des amis… » Sa voix rocailleuse et usée par la boisson laisse échapper un profond sentiment mélangeant honte et tristesse.
« Très rapidement à causes d’histoires et de querelles je me suis retrouvé un beau jour sans travail, logiquement sans appartement… » Il s’arrête un instant, avale une lampée de son breuvage et poursuit « j’ai .. » Sa voix vacille à nouveau…
« j’ai même essayé de mettre fin à mes jours Monsieur »
Je laisse quelques instants à notre interlocuteur pour qu’il reprenne son souffle. Le ton est donnée la soirée sera riche en émotions tant ce témoignage est prenant. Il s’abreuve à nouveau puis il reprend.

« Vous voyez la falaise à Sandy Shores, j’y suis monté Monsieur. J’y suis monté pour mettre fin à mes jours. J’ai regardé le soleil. » Il marque un temps à nouveau pour boire. « Et là je me suis dis je ne peux pas faire ça… On s’y attache à la ville à ses habitants à ceux qui m’aident car il y’en a vous savez ! Je suis croyant Monsieur, ce jour là, ce n’est pas le soleil qui m’a empêché de sauter mais bel et bien lui… » Il pointe du doigt l’horizon. Je marque le silence à la fois pour respecter sa foi, sa parole et cette terrible épreuve que Bryan traverse.

Il m’explique ensuite qu’il a vendu sa dernière voiture une misère pour pouvoir s’acheter sa bouteille, il passe ses nuits près du Benny’s sous les ponts, seul avec sa boisson, celle qui l’aide qui lui parle, qui lui permet d’oublier, les soucis, les tracas. Il fini par tomber de fatigue.
Nous pourrions penser que c’est une déclaration funeste que nous apporte là Bryan mais bien au contraire ! il parvient tout de même à trouver la ressource pour tenter de s’en sortir. A sa grande surprise il a rencontré des gens qui l’écoute, qui l’aide…

« Je traine beaucoup à la salle de sport, non pas pour en faire je ne peux plus mais là-bas il y a des gens forts sympathiques. Ils me parlent, m’apportent un peu de réconfort. » Il tient également à citer un membre du LSPD qui l’a pris comme il était et qui par ses mots lui ont redonné l’envie. L’envie de s’en sortir.
Bryan insiste pour citer les gangs qui l’aident au quotidien. « Vous savez Monsieur, on dit que se sont des malfrats mais ils sont sympas ! C’est grâce à eux que je peux manger ! Certains sont mécanos et me réparent ma camionnette, je n’ai plus que ça pour me déplacer. Ils sont gentils vous savez ce sont de bons gars. »
« Dans toute cette galère j’ai aussi rencontré une personne. Une personne qui m’aide, elle me propose des sorties je n’aurai jamais eu l’idée d’aller faire du karting vu mon état. Je n’ai pas bu une goutte d’alcool ce jour là je n’en voulait pas. J’étais bien ! »
Bryan a un message à faire passer : « faut pas finir comme moi, gardez espoir, je suis très croyant, le soleil m’a dit de ne pas sauter, je n’ai pas sauté je souhaite m’en sortir. »
Il me remercie de mon écoute et promet de remonter la pente. Sa bouteille vide Bryan repart dans sa camionnette non sans mal.
Le Weazel a contacté l’association La Coop qui n’ont à ce jour pas donné suite et a rencontré les EMS en la personne du Docteur Yanis Wilson psychologue qui attend que Bryan soit près à le rencontrer s’il souhaite travailler sur son addiction à l’alcool.
« Il faut que ça vienne de lui, s’il veut mettre toutes les chances de son côté pour s’en sortir »
Dr Yanis Wilson
L’équipe du Weazel tient à souhaiter beaucoup de courage à notre compagnon d’un soir. Nous reviendrons vers vous très prochainement pour vous donner des nouvelles de Bryan !


